Il y a cette patiente…
On me la confie parce que, dit-on,
« elle reste dans son coin »
« elle ne parle à personne »
« rien ne semble l’intéresser »
À l’atelier,
elle dépose distraitement
quelques traces à l’aquarelle.
Des traces à peine marquées.
Comme pour que ce soit fait.
Puis elle s’arrête.
Du temps passe.
J’ouvre devant elle une boîte de crayons aquarellables.
Si elle souhaite renforcer un trait,
densifier une couleur,
préciser un contour…
Elle les regarde.
Sans les toucher.
Pas tout de suite.
Elle observe les autres participants.
Puis elle choisit un crayon.
Peu à peu, elle se penche davantage au-dessus de sa feuille.
Se laisse absorber.
En fin de séance, je m’approche d’elle et elle attire mon regard sur son dessin :
— Un champ de corail.
Elle écrit ce titre au dos.
Puis elle lève les yeux vers le groupe :
— J’ai longtemps vécu à Tahiti.



