Il y a ce patient…
Peindre ne lui est pas familier.
Mais on lui a proposé de rejoindre le groupe d’art-thérapie.
Il n’a pas refusé.
Lors de la première séance, il reste très prudent.
Il ne choisit qu’une seule couleur.
Ses traces sont discrètes, presque effacées.
Il occupe très peu la feuille.
Pourtant, il ne s’interrompt pas pour signifier qu’il a terminé.
À la fin de la séance, il manifeste son désir de rentrer chez lui.
Je me demande s’il reviendra.
La semaine suivante, le revoilà.
Ses gestes se déploient.
Il choisit une autre couleur et la garde pendant toute la séance.
Ses traits gagnent en épaisseur.
Il met davantage de poids dans le pinceau.
À la fin de la séance, il regarde sa feuille et sourit.
— Merci. C’est un bon moment qu’on passe ici.
Je le retrouve la semaine suivante.
Il reprend la même couleur.
Sa couleur préférée.
Mais cette fois, il trace autrement, avec plus de précision, plus de lenteur.
Il construit l’espace.
Dans le dernier temps de l’atelier, il ose une nouvelle couleur.
Il lui trouve soigneusement sa place en différents endroits.
Il regarde sa feuille longuement.
Sourit, puis me fait signe :
— Ça, ce sont les croix du bonheur.
Cette fois, je ne me demande pas s’il reviendra.



