Il y a ce patient…
On me le décrit apathique, profondément dépressif.
A chacune de mes visites dans sa chambre, je le trouve alité.
Il m’accueille volontiers mais se dit toujours trop fatigué pour quoi que ce soit.
Parfois, l’écoute d’une musique ensemble, tout simplement.
Dessiner, il l’a déjà beaucoup fait.
C’était son métier, son quotidien pendant des années.
Jusqu’à une rupture nette et une impossibilité de s’y remettre.
Un jour, il accepte pourtant de descendre à l’atelier.
Pour découvrir l’espace, c’est tout, il me prévient.
Mais là, les couleurs…
Mais là, les odeurs…
Mais là, les outils…
Ses souvenirs remontent doucement.
Le matériel qu’il utilisait, son mode de faire.
Il se saisit, observe, repose, reprend encore, repose à nouveau…
Et puis une feuille blanche.
Lui, le feutre à la main, figé.
« Je ne peux pas. Je ne saurais même pas que dessiner. »
– Et si on ne dessinait rien ? Si on se contentait aujourd’hui d’observer l’encre se déposer sur le papier ?
Surprise.
Un éclat de rire.
Et alors voilà le feutre qui se dépose, qui se met à cheminer sur la feuille.
Une trace naît.
Puis une autre.
Et le feutre poursuit son chemin.



