Il y a cette patiente…
Elle aime que je lui lise de la poésie.
Elle ferme les yeux, s’adosse, sourit.
Elle respire et s’apaise.
Savoure.
Elle aime le calme.
Et elle aime les mots.
Les mots bien ordonnés, ceux qui racontent de jolies choses.
Ses mots à elle lui échappent la plupart du temps.
Elle court après, les cherche, et finit par en utiliser d’autres.
Ceux qui veulent bien se présenter.
Ce jour-là, après le poème, elle veut mettre de l’ordre dans la boîte de pastels
Puis les essayer, un à un.
Elle trace des verticales colorées, les unes à côté des autres.
Les mots, eux aussi, semblent pour un temps s’ordonner :
« Les couleurs se parlent entre elles »
Elle rit, parle de fantaisie.
Puis trace encore.
Lentement.
Patiemment.
Et puis soudain, un temps suspendu.
Elle lève la tête dans ma direction, entrouvre la bouche, hésite –
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer? »
Elle me regarde, surprise.
Les mots de Lamartine, revenus de si loin…
Sourire et émotion partagés.



