Il y a ce patient…
Je le trouve souvent assis sur son lit.
Les deux pieds posés au sol, le dos voûté.
Je ne sais jamais très bien s’il vient de s’asseoir ou s’il s’apprête à se relever.
Peut-être seulement qu’il attend.
Peut-être même depuis longtemps.
Face à la boîte de couleurs, il sourit doucement et, invariablement, il dit qu’il n’a pas d’inspiration.
Il sait pourtant toujours choisir la couleur qui l’attire pour commencer.
C’est souvent le rouge.
Il trace avec concentration.
Des lignes courtes
Qui se croisent
Se prolongent
Changent de teinte
Parfois, il suspend son geste
Regarde intensément, comme s’il vérifiait l’alignement.
Et il sourit :
– Ça ressemble pas à grand chose.
Mais il y retourne.
Inlassablement.
La séance s’étire.
Dans un profond silence.
Quand on s’approche de la fin, je l’invite à regarder de plus loin.
Dans ces réseaux de lignes qui s’emmêlent, il finit alors toujours par voir apparaître des visages.
Et alors il rit.
– Ça ressemble quand même un peu à quelque chose. C’est que j’y mets quand même du coeur.




Les personnes que tu accompagnes, que tu guides avec bienveillance, avancent d’un pas, puis d’un autre, si petit soit-il, prenant confiance en toi et en elles. Un bel espoir vers le meilleur, effleuré à chacun de tes passages, pour trouver un chemin ou plusieurs qui deviennnent peu à peu accessibles.