Il y a cette patiente…
Elle dit n’avoir plus envie de rien.
N’attendre plus que tout ça se termine. Vite.
Elle est fatiguée.
Qu’on la laisse un peu en paix.
Cette patiente qui pourtant, à l’évocation inattendue de couleurs, se redresse un peu sur son fauteuil.
Se met à observer le beau matériel coloré.
Tout doucement, se penche pour saisir une couleur,
celle qui lui fait signe aujourd’hui.
Tout doucement, timidement, se met alors à tracer.
Le trait est fin, léger.
Mais peu à peu, son geste se déploie,
elle lui donne plus de poids,
plus de force,
un rythme plus marqué.
La trace s’en trouve modifiée, transformée.
Elle garde les yeux posés sur ses traces
et tout en poursuivant son geste,
laisse échapper un rire:
« Je n’avais plus fait ça depuis des années… »
Elle se saisit d’une autre couleur. Et d’une autre encore.
Puis, un temps, et elle se surprend : « Oh… c’est plutôt pas mal… »
Alors,
doucement,
elle repose les couleurs,
s’adosse à nouveau à son fauteuil,
laisse son regard se perdre loin…
« Ce n’est plus la peine… »
En art-thérapie, l’élan peut être bref. Ce qui compte, c’est que, pour un temps au moins, il ait existé.
Dans quelques jours, je repasserai…



