Il y a cette patiente…
Elle ne comprend pas ce qu’elle fait là.
Elle pense que ses proches l’ont perdue.
Alors elle arrache les premières pages de ce livre qu’elle aime tant.
Et les jette une à une sur le sol.
Pour laisser des traces.
Pour qu’ils la retrouvent enfin.
Les couleurs, les pastels, elle connaît.
Elle adore ça.
Quand elle pose la couleur sur la feuille blanche, elle se met à parler.
Elle prend son temps mais ne s’interrompt pas.
Un jour, elle évoque un homme qu’elle a tant aimé.
Le seul qu’elle ait vraiment aimé peut-être. Pas celui avec qui elle a vécu.
Et elle repense à ses longues marches dans la forêt pour essayer de l’oublier…
Elle aime le bleu pâle, le jaune pâle.
Elle utilise beaucoup le vert, le marron.
Puis un jour, elle se saisit du rose.
Elle recouvre toutes les couleurs d’une tâche rose,
toujours plus grande,
toujours plus opaque.
– Je n’aime pas le rose. Pourquoi choisit-on parfois ce qu’on n’aime pas ?
La tache rose s’agrandit encore
Jusqu’à presque tout recouvrir.
– Le rose est ridicule.
Par-dessus, elle trace des stries noires.
Puis du vert vient reprendre sa place,
recouvre le rose par endroits.
– L’espérance, voilà. Car la vie n’est pas rose.



