Il y a ce patient…
Il n’a pas de famille.
Dans le service, il s’ennuie. Il observe et il attend.
Dès que l’occasion se présente, il aime se rendre utile.
Au détour de nos premiers échanges, il me raconte qu’il faisait la collection de bronzes.
Plus ou moins grands, plus ou moins lourds.
Il en a tout un tas chez lui.
Trop. C’est lourd et encombrant.
Sans s’en douter, il me donne ainsi la clé d’une première porte d’entrée : « Ça vous dirait de descendre pour découvrir l’atelier ? »
Il sourit et acquiesce timidement.
Le jour du rdv, il m’attend, il est prêt.
Mais il est inquiet, il me le dit : il a dormi moins longtemps que d’habitude, il évoque le trac.
A l’atelier, il s’émerveille de l’espace.
Une atmosphère différente. Une odeur fraîche, du calme, la vue sur le ciel et les arbres.
Une boule d’argile grise, fraîche, humide, sous un tissu de couleur.
Il sent, touche légèrement.
Rencontre la matière.
Au fil des séances, il appuie un peu plus fort, presse, lisse, tord, assemble.
La boule se transforme. Peu à peu il y voit un chat.
Séance après séance, le chat se précise. Il est surpris de le voir si expressif.
Il lui parle parfois.
Sourit : « Je peux l’appeler « mon gamin », je suis son père maintenant. »
Il lui modèle une petite balle pour qu’il puisse jouer en son absence.
Puis un jour, sa sortie se précise. Il est temps de quitter l’hôpital.
Je lui remets une petite boîte pour pouvoir transporter le chat.
Mais lui préfère que je le garde avec moi, à l’atelier. Il l’installe délicatement dans la boîte, avec sa petite balle.
Et ensemble, on lui trouve une place sur l’étagère.
Sur le chemin du retour dans le service, avant de se quitter, il sourit en me disant : « Avec mon chat, je suis bien occupé maintenant. Et il y aura les vaccins à faire bientôt. »
Le chat était resté à l’atelier.
Mais lui, désormais, n’était plus tout à fait seul.



