Il y a cette patiente…
Agitée.
Perdue dans ce décor.
Où est sa chambre?
A-t-elle un endroit où dormir?
Qu’est-ce qu’elle fait là?
Depuis quand? Jusqu’à quand?
Pourquoi ne peut-elle pas sortir, prendre un taxi, retrouver sa maison?
Vivre comme avant, tout simplement…
Cette patiente qui reconnaît sa chambre si on l’y conduit et qu’on lui ouvre la porte.
Qui s’installe alors doucement dans son fauteuil. Son sac à main posé sur ses genoux, prête à partir, toujours.
On ouvre un peu le rideau. Dehors il fait beau. Elle a une vue sur le petit jardin. On regarde ensemble. On ne parle pas.
Elle sourit.
Je sors Le Petit Prince.
Son Petit Prince.
Elle l’aime tant, l’a tant aimé.
L’a tant lu, pour elle, pour d’autres…
L’avait même dessiné parfois, il y a bien longtemps.
« Relisons le passage où il voit tellement de couchers de soleil… »
Elle écoute.
Dans ses yeux, je crois comme distinguer les images qu’elle laisse émerger.
Son souffle se fait de plus en plus paisible.
« Oui, c’est mystérieux le pays des larmes. J’avais oublié ce passage. »
Un temps. Un souffle.
« C’est beau ce métier que vous faites. Merci pour ce petit moment. »
En art-thérapie, créer ne passe pas toujours par la matière.
Parfois, il s’agit simplement de laisser une histoire ouvrir à des images, à des souvenirs
Et les accueillir en douceur



